« J’ai pensé que je pouvais être utile »

« J’ai pensé que je pouvais être utile »

Publié le 19/05/2017

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Portrait. Jean-Philippe Viollet a pris sa retraite d’exploitant. Comme il l’avait annoncé, il a également démissionné de la totalité de ses mandats, que ce soit à la Chambre d’agriculture de la Creuse ou à sa Cuma.

Jean-Philippe Viollet est un homme « libéré de tout. Mon dernier mandat, je l’ai laissé le 10 mai. C’était à la Cuma de ma commune. Je suis maintenant totalement à la retraite, ce qui ne me fera pas payer l’impôt sur la grande fortune ».

Le dernier président de la Chambre d’agriculture du Limousin l’avait annoncé depuis longtemps : quand il prendrait sa retraite d’exploitant, il abandonnerait également ses différents mandats, à la Chambre d’agriculture de la Creuse, à la Chambre régionale du Limousin et à l’Assemblée permanente des Chambres d’agriculture (APCA)... « Ma carrière, je l’ai faite à mon rythme. Pour des raisons personnelles et de santé, j’ai décidé, puisque j’avais 60 ans, d’arrêter, de prendre ma retraite. Contrairement à d’autres, n’étant plus en activité, je ne voulais pas continuer à traîner dans les instances agricoles. Il faut savoir commencer, et il faut savoir s’arrêter. Je veux être fidèle à mes idées, je pensais déjà cela quand j’étais JA. Je trouvais qu’il y avait des gens trop âgés, donc j’avais dit : je ne ferai pas ça. Et je ne l’ai pas faite. » 

Jean-Philippe Viollet, dans les locaux de L’Union Agricole, le 12 mai. « Je n’étais ni un agrimanager, ni un gueux. » (Ph. Stéphane Monnet)

À son parcours, Jean-Philippe Viollet accole volontiers l’adjectif « classique ». Son père, Jean, avait repris l’exploitation familiale héritée de la grand-mère. Une petite exploitation d’une trentaine d’hectares sur la commune d’Azérables en Creuse, au lieu-dit La Bazonnerie. Une situation géographique qui a profondément marqué le dirigeant agricole. « Je suis né en Creuse, mais de l’autre côté de la route c’était l’Indre. Enfant, je courais autant dans les champs de l’Indre que de la Creuse. » Et de décrire la complexité administrative qui a découlé de cette position.

« Ma DJA date de 1981, se souvient-il en souriant. À quelques mètres près, elle n’aurait pas été la même. » Les montants de la Dotation Jeunes Agriculteurs (DJA) ou encore la Surface minimum d’installation (SMI) étaient différents entre la Région Centre et la Région Limousin. « Pour un agriculteur, la bureaucratie est déjà ordinairement compliquée, mais quand vous êtes à cheval sur deux Régions, deux Départements, quel chantier ! De telles situations devraient inspirer nos élus politiques et les encourager à simplifier. »

Au-delà des frontières

Même s’il avait « une stabulation dans l’Indre, une autre dans la Creuse », le siège de l’exploitation étant en Creuse, Jean-Philippe Viollet a toujours été, pour l’administration et son entourage, « creusois ». Une étiquette qu’il n’a jamais vraiment mise en avant. « Moi, la Creuse, moi, la Haute-Vienne, ce n’était pas ma façon de voir les choses. J’ai plutôt souffert de cela. Je n’ai pas de chauvinisme excessif. Moi, le petit Creusois, en plus un peu dans l’Indre, quand j’ai été élu président de la FRSEA, spontanément, je voulais fédérer et faire marcher cet ensemble. Or j’ai vu qu’on était encore sur un schéma où les gens raisonnaient à l’échelle de leur département. Ils pensaient que la région faisait de l’ombre et du tort aux départements. Cela m’a profondément choqué, je ne l’avais pas soupçonné. J’ai souvent entendu : moi, la Corrèze, moi, la Haute-Vienne... Et sûrement aussi, moi la Creuse... Je ne m’y suis jamais fait. La Grande Région, peut-être, va atténuer cette façon d’agir et de penser, mais, d’un autre côté, il y a le problème de l’éloignement. »

Le syndicalisme, Jean-Philippe Viollet y est venu « un peu par hasard. J’étais jeune, je travaillais au service remplacement.Un jour, je suis allé faire un remplacement chez un vice-président de la FDSEA de la Creuse, Joël Simon-Chautemps. C’était un pied-noir qui avait acheté un château en Creuse et la tempête lui avait rasé ses bâtiments. J’ai bossé là-dedans pendant 15 jours et, à la fin, il me dit : “Vous, les jeunes, faut vous syndiquer !” Alors que moi, je n’avais pas forcément la fibre. Mais, du coup, je suis allé à la réunion cantonale de mon canton. Et, de fil en aiguille, vous savez bien qu’il n’y a pas grand monde pour prendre des responsabilités, j’ai gravi les échelons. J’ai pensé que je pouvais être utile et c’est ce que j’ai essayé de faire. Avec mes idées, qui ne plaisent pas à tout le monde. »

La Grande Région

Quand il regarde le chemin parcouru, Jean-Philippe Viollet n’a pas beaucoup de regrets. Il parle encore avec émotion de son épouse emportée par une crise cardiaque au début des années 90. Aucune de ses trois filles n’a repris son exploitation de 140 hectares, mais il dit simplement : « c’est la vie ».

Il reste convaincu que le syndicalisme a un rôle à jouer dans les transformations futures. « Je n’aime pas ceux qui disent : tous pourris. Ce n’est pas la vérité. Le collectif est important. Je pense à ce qui a été obtenu pour les moutonniers. Ce n’est pas venu par le clergé et la noblesse. Des gens se sont battus et même si, des fois, j’ai eu des mots avec l’ami Souchaud, le travail a été fait. »

Il n’y a vraiment qu’un point qu’il accepte mal et dont il parle « sans ménagement », maintenant qu’il est libéré de tout.

« Avec le préfet de Région Pierre Dartout, on s’était battus pour que le siège de la Draaf et celui de la Chambre régionale soient à Limoges. Je ne donnerai pas de nom, mais j’ai trouvé des gens, et pas des moindres, des gens du Limousin, très bizarres sur ce dossier, très en retrait. Alors que le préfet nous soutenait et que tout n’était pas joué. À la session de la Chambre où nous avons voté sur cette question, quand on a fait voter les seuls présidents, tous, sauf trois, voulaient la Chambre régionale à Bordeaux. Mais lorsqu’on a fait voter tous les membres de la session, il nous a manqué deux voix. Comme quoi les gens trouvaient que ce n’était pas si stupide que ça. Et j’aurais préféré, à ce moment-là, qu’il y ait un élan plus fort, mais j’ai trouvé qu’il y avait des gens qui nous lâchouillaient... Allez, c’est pas grave ! »

Jean-Philippe Viollet a toujours gardé un fond d’optimisme et n’a qu’un souhait : « qu’on soit dans un pays où on a le sentiment qu’on peut prendre son destin en main ».

Stéphane Monnet

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