Agriculture

Accélérer la transition agricole

France
Yves Verhilac (à gauche), directeur général de la LPO, et Hervé Lapie, agriculteur, président de l'associaiton Symbiose, à Paris, pour les Controverses 2020. Maison de la Chimie.
Yves Verhilac, de la LPO, et Hervé Lapie, agriculteur, cherchent et proposent des solutions pour lutter contre la perte de biodiversité sur les territoires.

La dernière Controverse (voir p. 12) réunissait deux hommes qui se connaissent bien, même si on pourrait dire qu'ils travaillent chacun d'un côté de la barrière. À gauche, se tenait le truculent Yves Verhilac, directeur général de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), et à droite, Hervé Lapie, éleveur de porcs, président de la FDSEA de la Marne et de l'association Symbiose, qu'il a créée en 2012 pour développer des solutions de préservation de la biodiversité.

Pour Yves Verhilac, le constat est terrible : "Toutes les études sont convergentes, - 30 % des oiseaux des milieux agricoles, - 70 % des insectes des espaces protégés." Et, rappelant que le sol est l'endroit au monde qui contient le plus de biodiversité, il a indiqué que dans certaines terres fragilisées par l'action humaine, là où on trouvait 150 tonnes de lombric, on n'en trouve plus que 15 kg.

Nourrir les populations

Hervé Lapie n'a pas mis en doute le constat du représentant de la LPO, mais il a rappelé que les engrais, les produits de santé du végétal, plus souvent appelés pesticides, s'ils ont un impact sur l'environnement, ont également permis de nourrir des populations toujours plus importantes. Prenant son exploitation en exemple, il a expliqué qu'il faisait chaque année une dizaine de cultures différentes, ce qui est bon pour la biodiversité, "mais quand on me supprime un produit, ça me ferme une culture sur mon exploitation. Abandonner la chimie ? Je ne crois pas qu'on puisse le faire du jour au lendemain. Il faut se donner une trajectoire de progrès. Peut-être faudra-t-il cinquante ans pour faire la transition agroécologique de l'agriculture française. Nous sommes conscients qu'il faut accompagner la transition et qu'il est nécessaire de recréer un projet entre les citoyens et les agriculteurs."

Un discours qui a été bien perçu par Yves Verhilac : "Je vous fais confiance pour changer le modèle, mais je vous dis : au secours, il y a le feu ! Et le changement va trop doucement."

LPO, en contractualisant avec des agriculteurs, proposent des solutions pour préserver ou retrouver de la biodiversité. Le directeur général de la LPO a regretté que les agriculteurs aient une tellement mauvaise image que cela pose des problèmes en interne à l'association. "On nous reproche de travailler avec des agriculteurs qui utilisent du glyphosate. Mais nous sommes des progressistes, on veut une réforme de l'agriculture, pas une révolution. Tant qu'ils ont besoin de soutien pour accélérer le retour des hirondelles, des hérissons."

Hervé Lapie s'est félicité que le projet Symbiose, commencé à l'échelle d'une parcelle, s'étende désormais sur une dizaine de communes, mais il a trouvé dommage que les fonds qui permettent de telles initiatives soient toujours revus à la baisse.

Dans la même thématique

Le lycée agricole La Faye, à Saint-Yrieix-la-Perche, a accueilli la traditionnelle session de formation au jugement des animaux en race limousine. Huit candidats y participaient.
Haute-Vienne
Les futurs juges au jugement
Le dossier de reconnaissance du département dans le cadre des calamités agricoles a été envoyé à Paris. En attendant la réponse, un dégrèvement de la TFNB est proposé.
Haute-Vienne
Reconnaissance en calamités en cours