Agriculture

" C'est un coup de frein à la filière "

France Nouvelle Aquitaine
Bertrand Guérin
Bertrand Guérin, président de l'Association des agriculteurs méthaniseurs de France, déplore le mauvais signal envoyé par le prochain changement de tarification du gaz.

Où en est la méthanisation aujourd'hui en France ?

Bertrand Guérin : Il y a eu deux grandes périodes. Une qui a débuté en 2008-2009 et une seconde, il y a trois ans, avec une nette accélération des projets depuis 18 mois. Pour preuve, plus de mille contrats ont été signés en France entre des porteurs de projet et des opérateurs de gaz vert. Ils devraient tous entrer en construction sous trois ans, le délai légal pour rendre les contrats opérationnels. C'est un très bon signe qui signifie qu'une vraie dynamique est engagée, en tout cas du côté des porteurs de projet.

Ce n'est pas le cas de tout le monde ?

B. G. : Cette dynamique est le résultat d'un travail menée par la filière et, au début, par les politiques, notamment par le plan Énergie méthanisation autonomie azote lancé en 2013 par Stéphane Le Foll, alors ministre de l'Agriculture. Mais aujourd'hui, nous sommes obligés de faire face à un énorme coup de frein impulsé par le gouvernement : le changement de fiscalité sur le gaz vert annoncé pour le 1er janvier 2021. Le biométhane bénéficie aujourd'hui d'une exonération totale de la taxe carbone prélevée sur le gaz naturel d'origine fossile, la TICGN (ndlr : Taxe intérieure de consommation sur le gaz naturel). Cet avantage n'existera plus en 2021. Le même tarif sera appliqué au gaz fossile comme au gaz vert. C'est une énorme erreur.

Pourquoi ?

B. G. : Parce que nous sommes incapables de faire baisser les coûts d'exploitation de la méthanisation autant que le gouvernement l'exige. 15 à 20 % de baisse ça serait envisageable, mais 30 % ce n'est pas possible. La méthanisation est un process très compliqué, les installations coûtent cher, les coûts de fonctionnement sont là. Un méthaniseur, c'est une usine qui tourne 24 h/24. Changer cette tarification est un mauvais signal pour le développement de la filière.

Qu'est-ce qui pourrait vous rassurer ?

B. G. : Il faudrait qu'il y ait une volonté affichée du gouvernement qui dise "Nous souhaitons vraiment nous impliquer dans le gaz vert". Ça passerait d'abord par un rehaussement des objectifs de la PPE (ndlr : Programmation pluriannuelle de l'énergie) et l'établissement d'une tarification claire sur la durée. Nous avons besoin de visibilité. Aujourd'hui, nous en sommes à négocier un tarif qui est annoncé comme provisoire et devrait encore changer dans quelques mois pour devenir définitif. Ce n'est pas possible. Il faut accepter que l'on n'aura jamais de gaz vert au prix du gaz fossile que l'on va chercher dans d'autres pays. Soit on accepte de payer plus cher une énergie renouvelable, soit on va droit dans le mur. L'avenir n'est pas dans le gaz fossile. Pour faire comprendre cela, il faut faire de la pédagogie, prendre le temps d'expliquer, montrer comment ça se passe sur les sites de méthanisation.

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