Economie

L'homme des bois qui aimait la porcelaine

Haute-Vienne
Jean-Louis Puivif
L'atelier de Jean-Louis Puivif est installé sur les hauteurs de Burgnac, à quelques kilomètres de Limoges. L'artisan y crée des œuvres en porcelaine inspirées par la nature.

Il prend son bâton, ferme la porte. Au bout de quelques pas, il se retrouve dans la forêt et marche, les sens aiguisés. Il relâche les tensions qui peuvent l'oppresser et observe ce qui l'entoure. Une feuille bien dessinée, un bout d'écorce, la blessure d'un arbre... Comme un photographe, il saisit l'instant et imagine cette vision transformée en une pièce de porcelaine bien blanche parce que « le blanc, c'est vraiment la couleur de ce matériau », lâche dans un souffle Jean-Louis Puivif. Après cette balade dans les bois, l'artisan créateur peut retourner dans son atelier de Burgnac : il sait ce qu'il a à faire.

Jean-Louis Puivif n'a pas toujours été porcelainier. Il a même commencé sa vie professionnelle comme mécanicien auto. « Je suis resté un mois dans un garage », rigole-t-il. Incontestablement, ce n'était pas sa voie. Jean-Louis Puivif errera un certain temps professionnellement avant de découvrir d'une part l'art du moulage, d'autre part la porcelaine. « Quand je travaillais au Trésor public à Paris, j'ai fait la rencontre d'un collègue qui souhaitait créer une fonderie d'étain. C'est avec lui que j'ai découvert le moulage et je l'ai suivi », se souvient-il.

D'autres formations ramèneront l'artisan vers sa terre natale, la Haute-Vienne. À Limoges, il devient modeleur, autrement dit fabricant de moules, dans une usine de porcelaine. Ce sont ses premiers contacts avec cette matière qu'il considère si noblement. « La porcelaine a ceci de magique qu'elle allie sa fragilité avec une longévité qui lui permet de traverser le temps. » Et Jean-Louis Puivif évoque les pièces en porcelaine que les fouilles archéologiques peuvent révéler ici ou là. Il termine son apprentissage à l'École nationale supérieure des Arts de Limoges, dans laquelle il travaillera deux ans au sein de l'atelier de céramique.

Chercheurs de trésors

En 2006, accompagné de sa compagne Marylène Fernandes-Gaspar, il se lance et crée son propre atelier de porcelaine. Au début, la sous-traitance le fait vivre, aujourd'hui, ce sont ses propres créations. « Mon travail est très lié à la nature, c'est elle qui me guide », révèle Jean-Louis Puivif. Lui et sa compagne sont comme « des chercheurs de trésors » lorsqu'ils arpentent les chemins haut-viennois ou de la Réunion où ils se rendent régulièrement. Ils cherchent des branches, des feuilles, des écorces voire des pousses de bambou, quantité de débris végétaux qui sont autant de sources d'inspiration.

Quand Jean-Louis Puivif a trouvé un trésor, il va effectuer une prise d'empreinte du végétal en question. « Au début, je gravais mais je ne peux pas faire mieux que la nature, alors... » Le plâtre qu'il utilise se fige sur le végétal. À partir de cette empreinte, l'artisan peut réaliser un moule, lui aussi en plâtre. Ce matériau utilisé pour les moules est lui aussi indispensable. « Quand on coule la porcelaine dans un moule, elle se pose sur les bords et le plâtre absorbe une partie de l'humidité, permettant à cette pâte de se figer », explique-t-il. On la laisse ensuite sécher. Après, on ouvre le moule pour récupérer la pièce et l'ébavurer. Vient alors l'heure de la cuisson au four. « Pour moi, la porcelaine, c'est en biscuit, c'est-à-dire cuite à haute température », précise-t-il. Soit à 1 360 °C. Une température très précise parce que c'est elle qui va donner à la porcelaine sa propriété non gélive permettant de faire des objets qui, même à l'extérieur, résisteront au temps et aux conditions climatiques.

« Bien sûr, il y a des contraintes techniques, concède Jean-Louis Puivif. Mais la porcelaine est un matériau exceptionnel, une matière si vivante. »

Et les yeux de l'artisan pétillent. Comme emblème de son atelier, il a choisi une feuille de ginkgo biloba, cet arbre unique qui a traversé le temps. « Sa symbolique me correspond. » Fragilité et éternité.

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