Agriculture

Un paysan herboriste heureux

Haute-Vienne
Laurent Pasteur
Devenir paysan à près de 60 ans est le pari qu'a relevé Laurent Pasteur. Aujourd'hui, il propose des plantes, du miel et remodèle le paysage en tenant compte de la biodiversité.

C'est à La Courcelle, un hameau situé au bord de la Gartempe, sur la commune de Rancon, que Laurent Pasteur a décidé d'opérer sa reconversion professionnelle. Il s'est installé en 2018 après 4 ans de longue réflexion, et le temps aussi de faire une formation, un BPREA, afin de mieux maîtriser les b.a.-ba des techniques du métier qu'il avait décidé d'exercer. En 2013 en effet, après avoir cessé son activité professionnelle en région parisienne, il a fait son choix : il serait paysan herboriste.

« J'ai décidé de revenir à La Courcelle, le village de mon enfance. J'ai pu réaliser mon rêve grâce à Hélène, mon épouse, qui m'y a encouragé et qui m'a soutenu et me soutient encore dans ma démarche », indique d'emblée Laurent Pasteur. Au départ, il s'est entraîné dans son jardin. « C'était une première mise en bouche, pour tester différents types de productions », note-t-il. Une fois installé, le reste a suivi avec la mise en place d'une serre chaude pour les semis d'hiver, d'une autre pour pousser les plants. Et puis d'une parcelle dédiée à la culture de plantes aromatiques et médicinales, plus bas, au bord de la Gartempe.

« Mon projet initial portait sur la production de plantes médicinales à vocation tisanières. De fait, je me suis donc installé en agriculture biologique », indique Laurent Pasteur. Ce qui l'intéresse est également de travailler sur les plantes autochtones ou sur celles qui s'adaptent au climat et au sol de son exploitation, sur des plantes les plus anciennes possibles, qui auront conservé leurs vertus. « Je propose des tisanes composées ou des hydrolats et huiles essentielles obtenus par hydrodistillation. Je ne vends que ce que je produis, je suis vraiment un paysan », ajoute-t-il.

Un jardin qui s'agrandit

Au départ, son projet ne portait que sur un hectare, peu à peu il a eu l'opportunité d'acheter quelques parcelles qui jouxtent le jardin familial et qui descendent vers la Gartempe. « Ce sont des terrains sur des coteaux qui n'intéressaient pas les éleveurs du coin. Ils étaient en friche, par conséquent très bien équilibrés d'un point de vue agronomique, mais ils ont nécessité beaucoup de travail de débroussaillage », ajoute-t-il.

Aujourd'hui, son exploitation dispose de 10 ha d'un seul tenant. En partant du jardin, on arrive tranquillement vers la Gartempe où près de 120 arbres fruitiers ont été implantés. « C'est un verger de conservation avec quelques poiriers et quelques pruniers, mais surtout beaucoup d'anciennes variétés de pommiers greffés sur Franc. Ils ont été mis en place en décembre 2019 et devraient entrer en production d'ici 7 à 8 ans », précise-t-il. Pour favoriser leur croissance, il compte installer un système d'irrigation au goutte-à-goutte depuis une mare qu'il a réaménagée. « C'est une mare alimentée par une source, tout a été fait dans les règles de l'art, la demande déposée à la mairie. L'eau sera remontée jusqu'au verger à l'aide d'une pompe thermique », indique-t-il. Pour le moment, les jeunes arbres sont entourés d'une clôture électrique afin de les protéger des chevreuils. Sur le rang, quelques plants de groseilles, framboisiers et autres petits fruits ont été installés afin d'optimiser la place.

Un peu plus haut, une ancienne châtaigneraie est en train d'être nettoyée. Laurent Pasteur compte bien y conserver les arbres majeurs, enlever les branches mortes et leur redonner une deuxième vie. Un raidillon plus tard, un espace se dégage. Celui dédié à accueillir la trentaine de ruches qui lui permettent de récolter un miel à la saveur unique, puisqu'issu du butinage par les abeilles de ses plantes aromatiques et médicinales. Là aussi le terrain a été travaillé, des terrasses aménagées. Devant les ruches, des plants d'absinthe sont là afin de décourager les frelons asiatiques qui les ont décimées l'année dernière. Derrière et tout autour, des plantes qui fleuriront et qui permettront aux butineuses d'œuvrer au plus près de la ruche... Une enfilade de points d'eau permet d'accueillir là-haut salamandres et tritons, ici poissons rouges et là grenouilles... Sans parler de la parcelle dédiée à la culture des incontournables plantes dédiées aux tisanes, hydrolats et huiles essentielles juste un peu plus haut.

« Paysan, c'est paysage »

Jongler avec les espaces et les espèces animales et végétales est un exercice qui plaît à ce paysan atypique. « Pour moi, paysan, c'est paysage. C'est un des plus beaux métiers du monde. J'ai eu l'opportunité de reprendre ces terrains abandonnés ; c'est plaisant de recréer des espaces, de redonner vie à des paysages avec des bois entretenus à nouveau... Et puis c'est intéressant de pratiquer à la fois la culture et la cueillette. Car ici, sur mes 10 hectares, je peux récolter les plantes cultivées et sauvages sans interrogation quant à la garantie d'origine », avoue-t-il.

Au cœur du village de La Courcelle, le laboratoire est là. Baptisé "L'Or des simples", c'est une ancienne maison entièrement restaurée à l'aide de matériaux nobles. Poutres en bois non traitées, murs recouverts de chaux sont de circonstance pour permettre la transformation des plantes mais aussi du miel. C'est ici que les produits proposés par Laurent sont pour la plupart vendus. « J'ai acquis une bonne réputation par rapport à la qualité de mes produits qui sont traités soigneusement, à la main. Du coup, la demande est bonne sur le département, voire un peu partout en France », indique-t-il. Afin de partager sa passion pour la nature et son métier, Laurent Pasteur organise régulièrement des visites pédagogiques de sa ferme avec l'office de tourisme du Haut-Limousin. Il accueille aussi 3 à 4 stagiaires par an, qui suivent un BPREA au CFPPA des Vaseix. « Ils ont plaisir à venir ici car c'est un vrai "bac à sable" où ils peuvent commencer leurs propres productions dans un coin du jardin », conclut-il. Un peu comme lui à ses débuts.

Dans la même thématique

Un méthaniseur est entré en fonction à la SARL de La Tuilerie à Saint-Brice fin octobre 2019. On revient sur la genèse du projet et les premières leçons qui en découlent un an après.
Haute-Vienne
Premier bilan, un an après