Politique

L'abattoir, un avenir à investir

Nouvelle Aquitaine / Haute-Vienne
Guillaume Guérin, président de Limoges Métropole
L'année 2023 a été difficile pour l'abattoir de Limoges Métropole. Pour le président de l'agglomération, Guillaume Guérin, des investissements sont obligatoires.

Pour l'abattoir de Limoges Métropole, l'année 2023 aura été pour le moins compliquée : un prestataire qui fond les plombs et met à l'arrêt la chaîne ovine, la chaîne porcine qui casse et rend l'abattage des porcs impossible... Des événements qui s'accompagnent des inévitables rumeurs fleurissant en particulier sur les réseaux sociaux... Bref, pas de quoi s'amuser avec cet outil indispensable dans une région d'élevage comme la nôtre. Un sujet qu'a pris à bras-le-corps Guillaume Guérin, président de Limoges Métropole avec une vérité qu'il assène chaque fois qu'il en a l'occasion : " Sous mon mandat, jamais il n'y aura une cession de l'abattoir à un tiers privé ! " Histoire de couper court à certaines de ces rumeurs, d'autant plus qu'une telle opération entraînerait des mises aux normes sanitaires drastiques au préalable. En revanche, c'est une réalité, l'abattoir a bel et bien besoin de lourds investissements.

Pas une compétence obligatoire

Petit rappel. L'abattoir de Limoges est un établissement public d'intérêt industriel qui dépend de la Communauté urbaine Limoges Métropole. Avant 2020, il était municipal. Il est l'un des plus gros abattoirs publics de France, avec quelque 25 000 tonnes réalisées, et à l'équilibre financièrement. Jusqu'à présent, c'est également un abattoir multi-espèces : bovine, ovine et porcine. En bovin, les trois plus gros apporteurs représentent environ 80 % des volumes traités.

Dernier petit rappel et non des moindres : un outil d'abattage n'entre pas dans les compétences obligatoires d'une communauté urbaine. " C'est un choix que j'assume parce que c'est un outil vital pour l'élevage et structurant pour notre territoire mais ce n'est en aucun cas une obligation ", se défend Guillaume Guérin. D'ailleurs la Cour des comptes au niveau national ou la Chambre régionale des comptes Nouvelle-Aquitaine font régulièrement des rapports s'inquiétant du coût pour le citoyen et les collectivités de tels outils dans la région et en France dont beaucoup son déficitaires.

Associer les apporteurs

En ce qui concerne la chaîne bovine, des investissements sont donc nécessaires, en particulier parce que " depuis 40 ans, on a mis la poussière sous le tapis et on n'a pas mis un euro dans les chaînes ovine et porcine et pas grand-chose sur le reste", déplore Guillaume Guérin. Le 11 janvier, le président de Limoges Métropole a rencontré les quatre principaux apporteurs, à savoir VLS, Beauvallet Plainemaison, Sicarev et Covilim. " Il est important de les traiter avec bienveillance ", précise le responsable mais le but de ces discussions est bien de les amener à investir dans cet outil industriel dont ils profitent pleinement.

L'idée est d'investir pour garantir la pérennité de l'outil pour les 50 prochaines années sur la ligne bovine. " Nous avons besoin de 15 millions d'euros d'investissement sur l'existant, " souligne le président de Limoges Métropole. Déjà, cinq millions sont mobilisés : 2 millions dans le cadre de France relance sur la ligne bovine, l'abattoir fera un emprunt de 1,5 million garanti par l'agglomération et l'intercommunalité investira pour sa part 1,5 million également. " Sur ces investissements, les apporteurs les plus importants doivent participer et ils ne sont pas hostiles, confie Guillaume Guérin. Ils entendent ce message mais ils veulent des informations complémentaires." Dans ce cadre se pose aussi la question de la gouvernance. En clair, comment intégrer ces apporteurs ? " Une société publique locale dans laquelle la part publique resterait majoritaire pourrait être une solution ", souffle le président de Limoges Métropole.

Un nouvel outil pour les porcs

Ok pour les bovins pour le prochain demi-siècle, mais pour les porcs ? Depuis la fin de l'été, la chaîne est donc à l'arrêt. Elle ne redémarrera pas car pour la redémarrer il faudrait environ 500 000 euros. " Tous ceux qui réclament une réparation de cette ligne n'ont aucune notion de son état de vétusté ", se désole-t-il. Ce ne serait donc qu'une solution ponctuelle.

Depuis l'arrêt de cette chaîne, Limoges Métropole prend en charge le transport des porcs vers un abattoir (Villeneuve-sur-Lot ou Bergerac) et le retour des carcasses. Malgré tout, cette solution est évidemment transitoire. Après des rencontres avec les professionnels, la création d'un nouvel outil devient le projet le plus judicieux. Il s'agirait de créer un nouvel outil d'abattage, pour les porcins et les ovins, neuf et aux normes, couplé à un outil pour traiter les venaisons pour les chasseurs et un autre de transformation pour les éleveurs de porcs cul noir. On le voit, les besoins des uns et des autres peuvent s'agglomérer pour apporter une réponse cohérente. " La coopérative L'écusson noir et la Fédération des chasseurs de la Haute-Vienne n'arrivent pas les mains vides mais avec des financements ", se réjouit Guillaume Guérin. Autrement dit, Limoges Métropole est prêt à prendre sa part en investissement dans un tel outil, " mais nous aurons besoin de mobiliser d'autres partenaires, des discussions avec la Région sont en cours et Alain Rousset m'a confirmé oralement qu'il serait à l'écoute sur ce dossier ". En revanche, pour le fonctionnement, il faudra trouver un statut juridique dans lequel seront impliqués les utilisateurs, au premier chef les éleveurs de porcs. " Que les bénéficiaires assument leur rôle, " justifie le président de Limoges Métropole.

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